La haine, la rancune, c'est un beau gâchis de temps, d'énergie, et de pensée. Je le sais depuis longtemps, tout le monde le sait. Il faut que cela cesse.
J'ai tellement été victime de gens qui manquent de compréhension qu'il est indigne de ma part de ne pas être mieux. Bouhouhouhou je suis un pauvre malheureux. Être le premier de la classe et gros, au collège, ça pardonne pas. Et ouais. Mais, en réponse à ces méchancetés, j'adoptais un comportement de suffisance et de prétention qui me faisait être manichéen: il y avait les cons et les gens bien. Surtout des cons, en fait.
Comme on l'a vu en philo, quand on attribue un adjectif à quelqu'un ou quelque chose, on parle plus précisément de soi-même que de ce qui est décrit.
Le jugement.
Dire de quelqu'un "c'est un connard", c'est le condamner. C'est aussi condamner la relation que l'on aura avec lui dès la prononciation de cette phrase.
Dire de quelqu'un "c'est un connard", c'est comparer sa morale à lui avec sa propre morale à soi. En quoi notre morale est-elle plus légitimement "juste"?
Dire de quelqu'un "c'est un connard", c'est le limiter à ce qu'on estime être une "faute". Or, on en commet, chacun, et ça n'est pas toujours si grave et préjudiciable. On s'indigne alors que l'autre ne nous pardonne pas immédiatement cette "faute" qui n'est pas révélatrice de notre goût pour l'expansion de la souffrance, juste un moment d'égarement.
L'égarement.
"Il y a des jours avec et des jours sans". On a tous en tête ce souvenir où on a regretté une réaction, un acte, un mot. Si on regrette, on a toujours la solution de demander pardon à la personne, qu'elle l'ait mal pris ou pas. Mais, généralement, on prend conscience de notre stupidité ou notre maladresse après un reproche (ce qui n'empêche pas de réfléchir parfois, même quand la discussion ne s'est pas si mal passé).
Il peut y avoir plusieurs causes d'égarement.
La fatigue augmente l'irritabilité, elle rend moins souples nos capacités intellectuelles et donc notre tolérance aux contrariétés, et, au final, complique la production de solutions à des problèmes. Les préoccupations personnelles diverses (maladie, deuil, problèmes financiers, drame sentimental...) rendent triste. Et quand on parle à des gens qui nous semblent moins malheureux, on les envie, et on les déteste par frustration.
La tolérance.
Là où l'intelligence doit triompher de ces moments d'égarement, c'est dans la prise de conscience que, si quelqu'un nous agace pour quelque raison que ce soit, on aurait très bien pu être cette personne. Et même, on l'est parfois. Si je devais faire des statistiques, je pourrais sans doute dire que plus de 99% des gens qui agressent sont en fait des gens malheureux (1% pour des raisons qui m'échappent). Malheureux dans leur vie en général, ou ponctuellement à cause d'une contrariété passagère. La personne n'est pas le problème, son agressivité n'est pas l'expression de sa personnalité, juste le symptôme d'un malaise.
Sans aller jusque faire le psy de tout le monde, on peut quand même les apaiser en montrant qu'on ne réagit pas aussi névrotiquement qu'eux. La stabilité d'humeur, ça rassure. Il est important de ne pas répondre à une agression par une autre agression.
La foi.
Il faut se rappeler que l'autre est un autre "je". La personne désagréable n'a rien contre nous personnellement. Il peut y avoir une profonde incompatibilité, un gros problème idéologique qui fait qu'il y a un blocage. Ou juste une indisponibilité physique, émotionnelle, de temps. C'est ça la foi: accorder à l'autre le bénéfice duquel on aimerait être accrédité. Il ne s'agit pas de faire absolument confiance en n'importe qui. La confiance, c'est très léger et volatile. Une confiance débordante injustifiée, ça a quelque chose de suicidaire en fait.
Ici, il est question de foi. il s'agit de FOI, cette profonde confiance en la bonté originelle des gens, derrière leur méchanceté qui n'est, bien souvent, qu'une barrière, intentionnelle ou pas.
La foi, c'est ne pas rester replié sur soi-même, être capable d'une compassion de qualité. Pas la compassion qui fait ressentir des émotions, être triste avec la personne, pleurnicher avec elle, partager sa colère... c'est de la compassion adolescente ça. La compassion supérieure dont je parle, c'est purement intellectuel. Il y a quelque chose de stoïcien dans cette façon de penser: l'émotion est une maladie, les actes qui en découlent en sont les symptômes. Le rejet de l'influence de ces émotions conduit à une conduite raisonnable. Mais refuser d'être soumis à ses émotions, ça n'est pas refuser ses sentiments.
L'amour.
A la lecture de ce mot, bon nombre de gens vont ricaner. Aimer, c'est une preuve de faiblesse, pense-t-on généralement. Aimer, c'est se mettre en position de fragilité, c'est laisser quelqu'un d'autre pénétrer dans vie, notre intimité. Les gens haineux détestent l'amour car ils n'en ont pas eu assez pour avoir la foi. L'amour, c'est la foi en l'autre. Cet amour peut être motivé (amour parental, filial, amoureux) ou alors, plus large, universel. Il est alors motivé, si l'on veut, par une foi.
C'est quasiment religieux à ce stade-là. Aimer le monde entier, ça a quelque chose de hippie un peu nauséeux. Sauf qu'on est pas dans le registre amical, ni amoureux. C'est une assise émotionnelle à partir de laquelle on en arrive à ne jamais détester. Les gens amoureux sont neuneus et ont même tendance à déborder de guimauve visqueuse pathétique. Ils font preuve de tolérance, voire même de laxisme, puisqu'ils sont totalement accrochés à leur amour et ne font dépendre leur bonheur que de cet amour. Et qui a dit que l'amour était éternel?... La descente sera difficile.
S'il fallait attendre d'être amoureux et que ça soit réciproque pour ne plus être une peau de vache... Il ne faut pas faire dépendre son bonheur de quelqu'un d'autre que soi-même. Sinon, si on est trop dépendant, on en vient à craindre l'amour. La trahison peut nous briser si on avait fondé tout notre équilibre sur cette autre personne. La haine du concept d'amour, ça n'est pas possible. On craint la pénurie, le manque, comme un drogué flippe à l'idée de ne plus avoir de came.
C'est pour ça qu'il faut revoir sa façon d'aimer. C'est un sentiment bénéfique et noble, mais il faut plutôt se raccrocher à une version "solide" de ce sentiment si on veut ne jamais perdre pied. La foi en chaque être humain, ça n'est pas de l'amour amoureux ni amical, c'est une autre sorte d'amour, c'est une bienveillance.
La confiance.
La peur de l'amour, ce n'est en fait que la peur de la perte de l'amour. Donner de l'amour, c'est donner de la confiance. Dites à quelqu'un que vous n'avez pas confiance en lui. Il prendra mal ce qui s'apparentera à un jugement, et il vous en voudra, de ce manque de générosité (qu'il semble ou pas mériter votre confiance, il le vivra comme une injustice, quoi qu'il arrive). Dites à quelqu'un que vous avez confiance en lui. Il sera une nouvelle fois jugé, mais flatté que vous lui accordiez votre confiance. Faire naître la foi en lui, ça lui donnera alors la force d'une action initiée par cette foi.
Dieu.
Dans les livres religieux, on parle souvent de miracles. Le miracle comme action divine. Et j'accroche à cette idée. Mais pour être clairement compris, je dois expliquer ce qu'est Dieu, dans sa conception religieuse la plus athée, selon ma façon de penser.
Dieu n'est pas un vieux monsieur qui est assis sur un nuage, à nous regarder vivre. Dieu n'est pas un spectateur amateur de télé-réalité. Dieu n'a pas non plus fabriqué le monde, ni l'univers. D'ailleurs, pourquoi nous regarderait-il nous plutôt qu'autre chose. L'univers est assez grand. Ah mais oui, Dieu est partout, et Dieu n'a créé que l'homme habitant sur Terre... moui. Ou pas.
Dieu, c'est l'allégorie de la foi. Avoir la foi en Dieu, c'est en fait avoir la foi en l'Homme. Ce fameux "prochain" dont il est si souvent question en catéchisme. Dieu, c'est un peu ce prochain fantasmé, doté d'une bonté rassurante. Et lorsqu'on pense ainsi, cette bonté attribuée à autrui, en rassurant, elle donne la foi. C'est comme un élan de confiance auto-suggéré qui serait reconduit à chaque confrontation avec autrui. Le mouvement perpétuel de la foi est alors en marche.
En d'autres termes, on pourrait dire que Dieu c'est un placebo d'humain qui fait qu'on est gentil avec tout le monde, en le comparant, en l'assimilant à Dieu. Un psy parlerait de transfert!
Les miracles.
Le miracle, c'est la foi qui donne le courage de faire des choses qui semblent "folles". Folles pour ceux qui n'ont pas la foi. Par exemple, entrer dans les ordres apparaît comme quelque chose de fou, car cela implique une privation de désir non-naturels desquels on n'aimerait pas se séparer, pour diverses raisons. Mais la foi en Dieu n'est jamais une source de déception. Jamais Dieu ne nous déçoit. Les gens qui font du mal sont esclaves de leur faiblesse, ils ne sont pas habités pleinement de cet élan positif appelé Dieu. Dieu, c'est de l'amour, et les gens haineux ont juste oublié qu'ils étaient "les fils de Dieu".
Ca sonne un peu illuminé, dit comme ça, mais si on regarde les choses scientifiquement, chaque enfant naît d'un accouplement de personnes ayant eu une attirance l'une pour l'autre. La guerre tue, l'amour fait l'inverse. Rien de plus simple en fait. Pour revenir au côté sentimentalo-religieux, les gens passent leur temps à courir après l'amour, jamais après la haine. Les gens haineux sont vides d'amour. Exposé ainsi, le problème semble vite réglé: remplissons-les, donc.
Autre exemple. Un jeune homme peut également avoir foi en une jeune fille, lui rester fidèle malgré la distance, malgré les soucis pratiques. Il se peut que cette foi ne soit pas "récompensée" d'une manière terrienne par la concrétisation durable de cet amour amoureux. Mais la foi est quelque chose de noble. La foi est nécessairement récompensée, pas toujours de la façon terrienne qu'on attend. La foi permet d'élever son âme, de la sortir de nos petites pulsions névrotiques qui créent de mauvais moments (à soi-même et à d'autres). On peut dire rétrospectivement que l'on s'est trompé de personne, qu'il y avait incompatibilité amoureuse. L'essentiel c'est de ne pas s'être trompé de comportement pendant la relation. La foi, au sens plus large, nous permet de ne pas regretter nos actes de bonté, réalisés en conformité avec notre personnalité. On ne va pas détester ses ex parce que ce sont des ex!
Par contre, dans le cas d'une foi amoureuse parfaitement et précisément partagée, on est présence alors d'un couple qui résistera à toutes les tempêtes.
La foi fait faire des choses très très positives et jolies, et ça peut hélas faire faire des choses moins jolies quand ça devient du fanatisme. Dans un tel cas, c'est du détournement religieux par des gens qui n'ont rien compris, à qui on a mal expliqué, exprès ou pas. Ce n'est pas de la foi chrétienne généreuse qui fait circuler la Bonne Nouvelle par de la générosité et de la tolérance. Jésus n'a jamais flingué personne... même s'il y avait de quoi.
La Bonne Nouvelle.
La haine vient de la peur, la peur vient de l'absence de confiance en l'autre. Pour arrêter la spirale de la haine et de la destruction, il ne faut donc pas seulement se retenir de haïr. Il faut restaurer la confiance de l'autre. Avec la foi, on a déjà la confiance en l'autre. Cette force donnée par la foi fait l'effet d'une étincelle qui allume une mèche. Le miracle, c'est d'allumer cette mèche. La foi a créé ce miracle, ce premier effort si dur à faire lorsqu'on est dépourvu de foi. Une toute autre spirale peut alors démarrer.
La Bonne Nouvelle, c'est que si l'on croit en Jésus, on aura droit au salut de l'âme après la mort... On peut difficilement faire moins pédagogique. En effet, je crois qu'on ne doit pas devenir religieux de façon opportuniste, par la peur de la mort, de la disparition de notre corps. C'est très matérialiste et bas.
Pour moi, la Bonne Nouvelle, c'est la théorie optimiste des dominos appliquée au comportement social. Pour restaurer la confiance des gens, il n'est pas toujours pertinent de leur signer un chèque de 1000 euros pour tenir 10 jours... la Bonne Nouvelle, c'est montrer sa foi en l'autre en ne s'énervant pas contre lui, en ne cédant jamais à la violence physique ou verbale, en étant à son écoute, afin de susciter un écho de sa part. Pas directement à notre encontre, car l'acte de bonté religieux est sain quand il est désintéressé.
On met en pratique sa foi non pas pour qu'elle nous serve nous-mêmes, mais pour qu'elle lance une dynamique universelle de bonté. Bien sûr, ça sonne complètement de façon irréaliste et puérile. Sauf que l'espoir n'est pas l'apanage des ignorants ou des enfants. La haine n'est pas une normalité acceptable dans le monde adulte. Plus on tarde à transmettre cette Bonne Nouvelle, plus ça sera difficile de la répandre (on est 6 milliards d'êtres humains déjà, hum...). Pour citer le slogan de notre président du temps où il était en campagne: ensemble, tout devient possible. Tous les jours, des projets fous se réalisent, par la foi. La foi collective qui fait abattre un travail monumental, en partageant l'effort entre des gens motivés.
Mon parcours.
J'avais oublié tout ce côté spirituel. Je ne me suis pas vraiment fait contaminer par la religion cette année. Enfin... c'est à la fois ça et l'inverse. Aujourd'hui, je vois en la religion "des bouts" de moi.
Petit, j'ai été très très croyant et pratiquant jusqu'à mes 10 ans. Et ça joue beaucoup déjà sur ma personnalité à la base. Et j'ai été trop persécuté après mes 10 ans pour avoir une quelconque foi en l'humanité. Je me suis égaré.
En primaire, c'était difficile. Les enfants étaient tellement méchants qu'ils mettaient vraiment ma foi à l'épreuve. Et petit à petit, je n'ai plus eu foi en eux, en l'humanité, en moi. Et pourtant j'avais une putain de foi. Je me rappelle me faire littéralement buter par 3 ou 4 gamins, dans un coin de la cour de récré. Je devais avoir 8 ou 9 ans. Je pensais à Jésus sur sa croix. Je me disais qu'il avait du avoir vachement plus mal que moi sur sa croix. Et je ne sentais pas la douleur. Ca s'apparente à la désincarnation que racontent souvent les jeunes filles qui se sont faites violer. Avec ma foi, j'étais invincible, même physiquement!
Au collège, être le premier de la classe, être gros, et avoir des parents au goût prononcé pour la justice, ça avait eu comme conséquence de me retirer un peu. En continuant d'aller à l'école tout de même, et en ayant un ou deux "copains", j'ai vécu quasiment en ermite. J'étais seul et sans rien d'autre que les jeux vidéos et mon piano. La musique a été ce moteur qui a fait que je ne suis, dans le fond, jamais passé du côté obscur.
Et ça a été donc une traversée du désert, jusqu'à mon arrivée au lycée, où j'ai rencontré des gens animés de cette foi (mais pas forcément religieux hein, moi-même je ne suis pas religieux! Raaah je l'ai dit dans le titre pourtant!).
J'ignore si j'ai été particulièrement chanceux de croiser le chemin de certaines personnes ou si c'est ma lucidité et mon reste de foi qui m'ont fait être réceptif au message de ces gens, quoi qu'il en soit, j'ai retrouvé petit à petit la foi.
En regardant les trucs positifs, on voit que c'est ça la normalité de la vie: regarder uniquement les trucs positifs. Les contempler. En ce qui concerne les choses négatives, les problèmes ont des solutions, et ils ne remettent pas en cause ma foi, car ce sont des problèmes assez matérialistes dans l'ensemble. Et la foi, jamais entamée par ces mésaventures, aide à avoir la force d'agir pour résoudre les situations problématiques. La foi en l'autre, c'est la foi en l'humain. C'est donc également une foi en soi. Mais il m'a fallu un long cheminement pour en arriver là, frôler le pire et être de retour parmi le monde des vivants. Rebondir, se relever, c'est possible (Et sans substance illicite...). Même après avoir faire de très très très mauvaises rencontres... qui se sont révélées pas si mauvaise, quand on les considère avec hauteur et qu'on revoit son échelle de valeur.
Conclusion.
Les conflits naissent d'une perte de confiance en l'autre. Quand on a confiance en l'autre, on est en paix avec lui
et en sentant notre confiance, il s'apaise, et ne se sent jamais agressé. Il peut alors y avoir un échange constructif, une collaboration qui peut alors permettre de faire de grandes choses.
De manière concrète, avoir la foi, ce n'est pas devenir ami avec tout le monde, mais juste être en paix, signer des armistices avec les gens. La foi en soi permet également de se sentir capable de faire tout ce qu'on veut, si on le veut vraiment.
C'est comme si j'avais repris ma religion en cours, sans m'être vraiment arrêté en fait. J'ai continué de porter en moi ces valeurs que nous partageons tous, de par notre culture commune (l'héritage culturel, on n'y peut rien!). Et aujourd'hui, en rethéorisant toute cette spiritualité, c'est à la fois un retour à la religion que j'avais abandonnée à 10 ans, mais aussi une compréhension de qui j'étais vraiment. Je ne crois plus de la même façon qu'à 10 ans. Je suis bien évidemment athée (je ne suis pas FOU ni schizophrène: "Y'a une voix dans ma tête!"), mon côté rationnel rejette le concept de miracle dans sa définition la plus niaise (multiplier les pains, marcher sur l'eau... et la marmotte...). Le folklore mythique relève bien sûr de la parabole plus que de l'Histoire...
Mais je sens une foi qui me rappelle une certaine religiosité. Mais je ne serai tout de même plus jamais le dindon de la moindre farce. Enfin, j'essaierai tout du moins de rester vigilant. J'ai atteint un stade de maturité suffisant pour être à la foi tolérant et généreux sans être quand même devenu complètement naïf et niais. Je dois me protéger. En effet, pour continuer de diffuser ce message de paix, encore faut-il rester vivant et en bonne santé...
Stopper toute opportunité de rancune, ignorer les sourds et continuer son chemin.